Une passion dévorante. Tant que passeront les palombes.

Aux premiers jours d’octobre, quand la belle bleue entame son voyage vers un au-delà du regard au dessus des vallonnements,  la forêt protectrice met sa robe rousse enveloppée des brumes ouatées de l’automne. Le paloumayre répète les gestes ancestraux qui font de la chasse à la palombe un acte estampillé d’un précieux cérémonial. C’est l’heure exquise et matinale que rougit un soleil soudain. A travers la brume automnale, tombent les feuilles d’or de cuivre ou de sang des branches qui se  dépouillent et qu’une blonde lumière arrose.

brume-matinale

Les appeaux montent vers la cime des arbres, où le vent, au cou retrousse les plumes. La cabane, royaume, s’ouvre vers le ciel et l’espoir que les oiseaux bleus soient au rendez-vous.

Appeaux

 

Il faut avoir le temps, le temps d’admirer l’automne sur les ailes des oiseaux, tendre rousseur, braise qui s’avive, le temps d’attendre pour ce rituel au cœur d’un lieu empreint de noblesse où tous les actes sont réalisés par la passion. Elle dévore les esprits, fait de ceux qui guettent des heures durant l’horizon, des hommes différents. Ils contemplent les vagues ensoleillées d’arbres caressées tendrement par le vent, l’étendue d’un autre espace, d’un autre temps ou la sagesse d’un écho rappelle qu’à chaque chose il y a une fin. A chaque soir se dessine l’espoir dans l’attente d’un autre beau matin.

Vue de la palombière© Michel Bentejac

L’empire, souverain sur une butte n’est pas le fruit du hasard. Les couloirs sont étudiés, à la rencontre du ciel et de l’horizon. De la haute cabane, s’étend à perte de vue un plancher mouvant sur lequel de nos ailes imaginaires on voudrait marcher sans poids à la rencontre de nos désirées.

Vient le moment ou l’expérience des approches des vols, des survols, des poses des colonies de palombes devient une mémoire. Dans la cabane, les mots des hôtes jaillissent avec ardeur, commentant la force et la direction des vents, y sont honorées les intuitions supérieures de l’âme de la forêt.

On attend que viennent les palombes superbes et méfiantes, en vols majestueux, à coups d’ailes vives. Les yeux du chasseur clignotent sur l’océan des bois, dans les plis des vallons, scrutant le ciel d’octobre. Le chasseur au regard malicieux complice de l’appeau lorsque vient le ramier, attend que vienne le vol.  On explore le ciel comme jamais, une véritable inspection méticuleuse de la vie aérienne de ce petit coin de Dordogne, pas une mouche, pas un rapace  danger pour les appeaux, n’échappe au regard acéré du paloumayre espérant.

Le contact avec l’oiseau, celui qui est lié à l’attente dans la cabane de l’affût, du mouvement déjoué, c’est là où se joue le rêve. Mais sans le rêve, aucun contact ne paraît possible.

vol bleu-album-photo.géo.fr

Soudain, la vague bleue pointe à l’horizon. La cabane s’agite, les écoutilles se ferment, un ballet s’organise. Lancé des appeaux  qui un court instant vont se sentir libres pour attirer dans le piège leurs cousines. On tire des manettes reliées par un complexe système de poulies et de fils, à des palettes, sur lesquelles des traitresses manipulées  brassent l’air. Attitude effarouchée de la palombe qui bât des ailes en se déséquilibrant, le derrière au vent quant la raquette se soulève au bout du levier,  c’est tout l’enjeu de l’échafaudage palombière. Son accomplissement où le groupe des bernées succombe à l’invite des appeaux vivants.

Pose des palombes

La pose est le moment intense vécu par l’homme qui a le sentiment d’avoir pu diriger un instant au sauvage. Non pas l’oiseau isolé seul, mais au groupe, à l’instinct du groupe.

Les voilà posées!  Feu…

Stupeur, affolement, éparpillement. L’atmosphère se fige. Quelques corps dégringolent en cascade sur les branches au milieu de la fumée des poudres,  s’abattent sur le sol en même temps qu’un tapis de feuilles déchiquetées, pendant que le plus gros de la volée se disperse dans les airs.

Beaucoup sont reparties, quelques unes ont payé le prix fort d’une passion, du mal bleu.

Perchés dans la cabane en haut de la canopée, vivent  durant un mois dans la nature avec leur palombite aigüe, loin de tout, loin du bruit , loin de toute civilisation moderne ces hommes dont l’adoration aveugle pour l’oiseau bleu magique , aux ailes fines, jamais ne se dément. Leur désir réalisé dans un univers de ficelle, de poudre et de vents.

La vague bleue est le rêve ultime, lorsque la totalité du vol est posé, s’agitant sur le toit du feuillage de la forêt qui de protectrice devient mortelle.

Un moment fort pour celui qui novice vient de vivre un tel moment d’intense émotion.

Jean-Marie - © Michel Bentejac

Merci à Jean-Marie de m’avoir permis de vivre cette expérience unique entre terre et ciel, et à Loïc qui m’a démontré que la passion n’a pas d’âge.

 

Michel BENTEJAC.

 

 

 

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