Bandeau Rugby Sport & Loisirs — 04 juin 2012
Pilier

Dans la tanière moite des mêlées, ceux qui portent l’édifice sont appelés les piliers, ou les « pilars » pour les intimes. Placés à gauche ou à droite de la première ligne, offrant leurs larges dos aux mains du talonneur, les deux piliers ont la tête encastrée dans leurs adversaires directs. Le pilier gauche sur l’intervalle extérieure de la mêlée ne pousse qu’avec une seule épaule alors que le pilier droit a lui tout le haut du corps prisonnier. Personne n’est plus au coeur du combat que ces deux frères de mine.

Dans le cou de ces gaillards hors du commun se concentrent toutes les forces de la mêlée, la poussée de leurs adversaires et celle de leurs partenaires. Impossible de jouer pilier sans le physique de l’emploi. Il y a des ailiers énormes, des troisième ligne aile petits et des demis de mêlée hauts sur patte mais il n’existe pas de piliers malingres avec un cou de grive. Impossible, et interdit par les lois de la physique!

Mais plus intrigante encore que la morphologie, c’est la psychologie du pilier. Est-il normal de consacrer volontairement sa vie d’athlète à des tâches aussi ingrates, des travaux d’une incommensurable rudesse qui ne seront jamais appréciés que par une minuscule confrérie de gaillards obscurs? Sa mission est d’avancer, de tracer les sillons dans lesquels s’engouffreront balle en mains les artistes de l’équipe.

Ces hommes forts pourraient finalement n’être que de gros nounours généreux si leur obsession sur le terrain n’était pas d’anéantir leurs adversaires! Plus que pour tous les autres joueurs, le match du pilier est un duel qu’il faut gagner. Il va rentrer en mêlée de toutes ses forces, malaxer, tordre, taper du buffet , viser si possible la tête du vis-à-vis, chercher le meilleur angle de poussée pour le contraindre à reculer, ne pas se raser pour mettre le feu à ses joues, le dévorer des yeux dans un défi de « géants »….

Pas de plus doux hommage pour un pilier que le couinement de son adversaire, qu’un rognon qui grince à l’impact, qu’un remplaçant forcé de rentrer en jeu à la place de sa victime. C’est dur, très dur de jouer pilier.

Pendant très longtemps, les piliers ne furent que des hommes de mêlées. Comme si ce compartiment de jeu ne supportait pas la moindre dispersion. Bon nombre de piliers passèrent ainsi des carrières entières sans toucher un ballon ni même participer au jeu de mouvement. Ce temps-là est révolu, et les piliers modernes sont des acteurs de plus en plus sollicités. Non pas qu’ils ne soient plus présents sur les fondamentaux mais c’est peut être le poste qui a le plus évolué en terme de déplacements de jeu, de soutiens, de placages grâce à une très bonne préparation physique. Le pilier moderne a gardé le physique d’antan mais s’est forgé une « caisse », résultat d’un entrainement quotidien, pointu et d’une diététique digne d’un sportif de très haut niveau.

Jouer pilier, c’est depuis toujours appartenir à un clan au sein de la famille de l’Ovalie. On entre à ce poste comme dans les ordres, pour s’y construire, apprendre et donner. Les gens du clan se vouent un respect immense, même si sur le terrain aucun ne ferait de cadeau à son meilleur ami. Les piliers ont leurs mots, leur humour et, plus que tout, leurs mystères.

Le monde du rugby les aime d’amour…..

Steve DACHARRY

 

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