Bandeau Rugby Sport & Loisirs — 08 mai 2012
Les Basques

Au Pays Basque, depuis des millénaires, les hommes soulèvent des pierres, tirent sur des cordes et taillent en pièces des troncs d’arbres. Ils sont aussi les maîtres d’un jeu incomparable, la pelote. Ces traditions ancestrales auraient pu s’irriter de l’arrivée de la belle Ovalie. Elles l’accueillirent au contraire dans la famille avec amour, en France tout au moins. Le Pays Basque est en effet une terre sciée en deux par une frontière malencontreuse. Si le rugby est très populaire du côté français, il n’a curieusement jamais franchi la frontière espagnole. Roi à Saint-Jean-de Luz,ce jeu est inconnu à San Sebastian. De l’autre côté, pas une paire de poteaux, par un pilar, pas un ballon ovale! C’est étrange, car les Espagnols ont pourtant eux aussi le sens du combat, de l’orgueil….

Les rugbymen basques ont la réputation d’être petits et vaillatns en diable, avec des jambes arquées et le cou enfoui dans les épaules. Il faut aller cependant aller voir de plus près pour comprendre que le rugby basque est une famille unie, mais aussi très variée.

Allons d’abord à Biarritz, la ville anglaise, touristique, riche et bien proprette qui attire les amoureux de la tranquilité, alors que son rugby n’est qu’orgueil et tempérament. Au stade d’Aguiléra, les gens sont friands de mauls solides, de chandelles bien allumées et de défis costauds. Le pilier massif et cabossé est toujours là-bas le chouchou du public! Les grands piliers basques à avoir joué pour la France sont d’ailleurs légion : Urtizverea, Iracabal, Azarette, Ugartemendia, Dospital ou Ondarts, la liste est longue. Les hommes de cette lignée ne touchaient pas souvent la balle, mais tous oeuvraient dans l’obscurité. Leur corps était fait de leur terre…Belle école de piliers, Biarritz a su aussi enfanter des créateurs et des fantaisistes avec notamment Etchenique, Amade, Hontas et surtout, l’unique Serge Blanco.

Sans vraiment se l’avouer, Biarritz a longtemps souffert de la réputation de Bayonne sa vosine. Quand on parle de l’Avrion Bayonnais à une table de rugbymen, les yeux s’éclairent et les sourires traversent les visages. Bayonne est métisse et populaire. Ses vieux quartiers du centre recèlent ce que l’âme basque a de plus vindicatif. Et Saint-Léon, aujourd’hui Jean Dauger! Ce stade est la capitale de l’excellence et de la courtoisie. Les joueurs sont souvent inventifs, toujours animés de nobles sentiments. Ici, pas de tricheur, de requin des prés mais simplement le risque pour les visiteurs de prendre une belle leçon de rugby. Il y a du côté de Bayonne comme une légère forme de consanguinité qui curieusement ne porduit pas d’enfants débiles, mais de grands et beaux attaquants : Duprat, Bélascain, Pardo sans oublier le plus grand de tous, Jean Dauger.

Biarritz et Bayonne se regardent depuis mille ans en chiens de faîence. Après chaque match, joueurs et spectateurs des deux camps se retrouvent pour boire des barriques de bière et partager quelques tapas. Les piliers chantent comme nulle part ailleurs et l’adversaire, d’où qu’il vienne est respecté. Par contre, les derbys donnent souvent lieu à une distribution généreuse d’emplâtres, poires, marrons, gifles,bouffes, marmites et autres chataignes….

Loin de ces ces deux clubs phares, il y a aussi les travailleurs de l’ombre, l’arrière-garde des équipes vedettes du Pays Basque. Baîgorry, fief irréductible de coupeurs de fougères, où des petits gabarits sacrificiels apprennent dès leur jeune âge que l’on peut faire beaucoup avec peu, et que les vraies victoires ne se remportent qu’avec le coeur. Mauléon ensuite, la cité ouvrière des montagnes, où les gens sont moqueurs, le public chauvin et les enfants du pays très durs au mal. Il faut avoir beaucoup de courage pour battre Mauléon sur ses terres. Beaucoup de jeunes des équipes phares sont arrivés suffisants et sont repartis avec une leçon de vie extraordinaire où la camaraderie, l’esprit de corps et la solidarité ont été au coeur de la joute rugbystique. A quelques sardines de là, le club des pêcheurs, fleuron du Pays Basque maritime : Saint-Jean-de-Luz. Les luziens, qui ont appris sur les bateaux que tout se gagne durement, parlent peu, ne se plaignent jamais, n’ont d’éloquence que dans le regard. Les matchs attiraient un public impitoyable et, pour les étrangers, l’après-midi était souvent rude.

Les rugbymen du Pays Basque se sont exportés aux quatre coins de France, emportant dans leur valise un merveilleux répertoire de chants, une culture chaleureuse et du talent.

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Steve DACHARRY

(2) Commentaires

  1. Bonsoir Steve,
    J’ai découvert et parcouru ce blog avec plaisir et je partage avec vous tous cet amour, cette filiation, cet art de vivre du Sud-Ouest si particuliers. En revanche, j’ai un petit bémol à apporter à ce post. Si ma mémoire et ma connaissance du Pays Basque sont bonnes, San Sebastian doit héberger environ 4 clubs de rugby, du niveau comparable à notre division honneur côté gaulois de la force. Une fédération, la « federacion vasca de rugby » existe d’ailleurs et comprend des clubs des environs de Donostia San Sebastian, Zarautz, Irun, Gernica et jusqu’à Vitoria. Nos amis bayonnais et luziens en en d’ailleurs fait l’un de leurs viviers passé une époque. Le niveau n’est certes pas très élevé et, par manque de moyens et d’infrastructures au pays où les pousse-citrouille sont rois, le rugby espagnol existe, et survit encore au pays basque espagnol. Notre ex-joueur Régis Sonnes, récent démissionnaire du poste de sélectionneur de l’équipe ibérique en sait d’ailleurs quelque chose. Voilà qui est dit, et l’hommage à nos amis basques espagnols, si taiseux et au caractère bien trempé est rendu. Mais continuez à écrire vos billets qui nous font voyager à travers le sud-ouest. Ils me ravissent et me donnent envie de charger le coffre de la voiture avec l’eau à la bouche à l’idée de déguster pinxtos et txakouli agrémentés de gelée de piment d’espelette par exemple……..

    • Bonjour Laurent,

      Excellente réponse sur le fond et la forme. Il faut absolument que tu publies des articles tellement tes connaissances et ta plume sont en adéquation avec l’humeur et le ton de notre blog.

      Pour en revenir à notre thème, mes propos se voulaient volontairement caricaturaux tellement la passion, l’engouement sont très différents d’une frontière à l’autre. Bien sur que le rugby existe et se joue au Pays Basque Espagnol mais ne remporte pas un grand succès ni un très vif intérêt.
      Je voulais juste souligner que le rugby est un sport roi chez nous alors qu’il peine à exister en Ibérie alors que sa population est dépositaire de la même culture, des mêmes qualités et du même caractère bien-trempé.
      Voilà ce que voulait dire mon introduction dans un style plus général, convivial que technique.

      Pour finir, combien de fois me suis-je déplacé à Anoeta pour aller encourager mon équipe préférée, humer cette ambiance si particulière et déguster avec gourmandise tous les produits locaux….

      A très bientôt Laurent.

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