Bandeau Rugby Sport & Loisirs — 09 mai 2012
Derby

Ah! les matchs contre le voisin si proche et pourtant tellement différent! Il y a toujours milles bonnes raisons de détester le village d’en face, le quartier d’à côté, la ville derrière le pont. Personne ne se souvient vraiment des origines de la défiance, mais les grands-pères se détestaient déjà, et l’on ne change pas comme ça de vieilles habitudes. On pourrait croire que les inconnus ou les étrangers sont la cible classique de l’aminosité, et bien, non, c’est son semblable que l’on déteste. Celui dont on connait tout et qui connait tout de nous, les histoires de fesses, de famille, de terre et de sous, celui que l’on croise tous les matins à l’usine, mais qui défend le dimanche les couleurs du bled d’à côté.

En sport, le plus proche voisin est souvent le pire ennemi, celui par qui le mal arrive, un vrai salaud dont on ne peut tolérer la supériorité sur le terrain. La foule se presse d’ailleurs au stade pour ne rien manquer du règlement de compte, quitte à boire ensemble un verre après le match et se chambrer jusqu’à plus soif. Les « derbys » les plus enflammés naissent généralement de situations géographiques sclérosées, où deux communautés macèrent depuis des lustres dans quelques kilomètres carrés.

Le mot ne vient pas du nom d’une arme, ou d’un hameau décimé après un match trop passionné. Le derby était en fait une sorte de soule pratiquée au XVIIIe siècle en Angleterre par les paroisses voisines de Saint Peter er All Saints. L’origine de ce traditionnel affrontement remontait à la victoire des hommes de Chester sur une division de Romains en 217, et à la gigantesque fête qui fut donnée après la bataille. Les années qui suivirent pour commémorer cet événement, les villages organisaient des « derbys » : plus de mille personnes de tous les âges participaient alors aux hostilités dans une effroyable pagaille. Le rendez-vous était donné sur la place du village qui très vite se transformait en un dramatique champ de bataille, une mêlée gigantesque se répendant dans les ruelles, piétinant les blessés et étouffant les valides sous les regards ravis des mamies et des enfants. Chaque équipe avait le vague objectif de déposer une balle dans un lieu-dit, derrière un rocher ou sous un pont. Les hommes des deux paroisses pouvaient ainsi prouver leur force et leur courage tout en réglant leurs comptes et leurs différends à grands coups de poing.

Deux cents ans après, au Pays Basque comme en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, en Provence ou en Corrèze, des voisins continuent à s’étriper tous les dimanches avec l’étrange conviction que l’avenir du monde dépend du résultat de leur guéguerre.

La frénésie de cet important rendez-vous emporte souvent la raison de toutes les personnes qui se sentent concernées, hommes, femmes, anciens ou jeunes et à défaut de joutes verbales, quelques marrons sont échangés aux abords du pré ou dans les tribunes. Quelques heures passées, la lucidité retrouvée et après quelques verres avalés, les protagonistes retrouvent raison gardée et jurent ne plus tomber dans l’excès. Jusqu’au prochain derby…..

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Steve DACHARRY

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