Bandeau Non classé Sport & Loisirs — 13 juillet 2013
Arrière

Toi, l’enfant qui aimes les courses folles, toi, le petit fugueur, l’adepte de l’école buissonnière, le rugby te réserve une place de choix : le poste d’arrière.

Mais attention, pas de malentendu ! Être arrière, ce n’est pas les vacances! Tu auras droit aux grands espaces, certes, mais tu devras aussi avoir l’exigence extrême des sentinelles. Tu subiras les assauts des attaquants et tu te prendras sur la tête des trombes de chandelles ! Il n’y a pas au rugby d’envol sans traverser d’abord un champ de mines.

Au début du siècle, l’arrière portait le numéro 1, figure de proue bizarrement située à la poupe de l’équipe. Le maître de guerre Lao-Tseu a dit : « Pour rassurer les hommes, tiens toi droit derrière eux ». Il n’y connaissait rien au rugby, mais il avait tout compris ! L’arrière, aujourd’hui numéro 15, souffle dans le dos de ses coéquipiers, mais s’empare aussi de l’étendard quand l’occasion se présente. Rassurer ses partenaires, leur donner confiance, est une de ses plus nobles missions. D’ailleurs, quand l’arrière fredonne, c’est toute l’équipe qui chante à tue-tête.

Grâce à quelques-uns de ses plus remarquables représentants, ce poste complexe n’a jamais cessé d’évoluer. Dans les années soixante, alors que les équipes privilégiaient la sécurité et l’efficacité, l’arrière All Black Don Clarke accéda au rang de légende vivante : robuste comme un menhir, mais aussi très adroit, il imposa au monde sa botte magique. Les plus grandes équipes en furent victimes et toute une génération d’arrières vécut dans son ombre.

Le vrai souffle de l’innovation vint toutefois de France, et l’on peut se targuer d’avoir eu dans nos rangs des arrières de diamant à faire pâlir tous les joailliers du jeu. L’arrière, longtemps considéré comme un ultime rempart, a accédé grâce aux Français au devant de la scène. Claude Lacaze se mêla de plus près aux ébats du jeu, puis Pierre Villepreux s’intercala dans la ligne des trois-quarts pour partager avec eux les joies de la course. Rapide, bon passeur, il surgissait avec un sens inné du timing, et pouvait à lui seul rendre brillants ses partenaires. Le French Flair doit beaucoup à son panache ! Vinrent ensuite Aguirre, qui fut le premier avec le Gallois J.P.R Williams à se frotter avec les avants, et le grand Serge Blanco qui illumina de sa classe l’Ovalie mondiale pendant plus de dix ans. Sadourny, enfin, campa sur les hauteurs que son illustre prédécesseur avait atteintes.

Le poste d’arrière demeure celui des joueurs solitaires-solidaires épris de liberté et prêts au sacrifice, intrépides aventuriers qui préfèrent courir sans savoir où aller que rester là sans rien faire.

Bienvenue à toi, gamin bercé d’idées folles, le rugby t’attend avec un numéro 15 sur ton premier maillot.

Steve DACHARRY

 

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